VIH, SIDA ET LE MAMALA, HOMOLANTHUS NUTANS, UNE HISTOIRE EXEMPLAIRE

Les îles Samoa, l'archipel des navigateurs de l'amiral Cook, sont le berceau d'une riche civilisation polynésienne (maori). On y vit encore de façon très traditionnelle, paréos, maisons rondes ouvertes à tous les vents et communauté socialement très structurée avec des classes (castes) et des rois.
Au début des années 90, le Dr Paul Cox, un chercheur en ethnomédecine d'Hawaii, fait un séjour prolongé dans ces îles, il parle le samoan et établit une relation de confiance avec les tradipratiens locaux qui sont d'ailleurs souvent des femmes.
Son attention est attirée par un remède local qui, selon les Samoanes (deux femmes-guérisseur habitant deux îles éloignées), permet de guérir des maladies dont les symptômes évoquent une hépatite virale aiguë (1).
Un échantillon du remède local, l'écorce et l'aubier du "mamala", Homolanthus nutans, un arbre de la famille des euphorbes, est analysé aux USA (National Cancer Institute) en 1992. Il contient des substances actives qui in vitro empêchent le virus du sida de parasiter les lymphocytes humains.
La partie active est un ester du desoxy-phorbol, une classe de composés connus pour être de puissants agents pharmacologiques très souvent inducteurs de cancer (cancérigènes).
En 1997, ce dérivé du phorbol, nommé prostratine (prostratin), est l'objet d'une licence international par le National Cancer Institute, mais sur la demande du Dr Cox, il est reconnu qu'en cas de commercialisation, une partie "équitable" des revenus de commercialisation de la prostratine (prostratin) serait partagée avec les Samoans (2).

QUELLE EST L'ACTION DE LA PROSTRATINE (PROSTRATIN) ?

Plusieurs équipes de chercheurs ont étudié in vitro l'action de la prostratine (prostratin) .
La prostratine (prostratin) agit au moins de deux façons sur le développement de l'infection par le VIH. La prostratine (prostratin) diminue l' "expression" des récepteurs à VIH (VIH = virus du SIDA) sur la paroi des cellules saines, diminuant parallèlement le risque d'infection de ces cellules.
Plus important et plus remarquable, la prostratine (prostratin) active l'expression de VIH-1 dans les cellules où le virus est à l'état latent. Cela provoque bien sur la mort de la cellule infectée et l'expulsion de nombreux virus, mais cela permet ainsi de faire diminuer, voir disparaître le réservoir de virus du sida qui persiste dans l'organisme infecté, même après un traitement très efficace par une multithérapie (3)

RAPPEL SUR UNE PARTICULARITE DE L'INFECTION PAR LE VIRUS DU SIDA

Le virus du sida, VIH possède une affinité particulière pour une classe de lymphocytes (globules blancs), les lymphocytes T CD4+ ( T pour thymus et CD4+ pour un marqueur spécifique à la surface de ce type de cellule).
Ces lymphocytes sont présents dans le sang et dans beaucoup de tissus. Ils possèdent un rôle très important dans la défense de l'organisme. Quand ils disparaissent en trop grand nombre sous l'action du VIH, la maladie SIDA se développe.
Sous l'action des anti-rétroviraux, le nombre de virus circulant dans l'organisme diminue jusqu'à presque disparaître. Cependant le virus peut pénétrer dans pas mal de cellules et y rester à l'état "dormant" sans qu'on puisse repérer ces cellules et les détruire. Ces "réservoirs" de virus VIH dans les lymphocytes T CD4+ est un des principaux obstacles à l'éradication du SIDA.
On comprend l'espoir mis dans la prostratine (prostratin), en effet les porteurs de VIH, même bien soignés et réagissant bien au traitement antiviral, ne sont pas guéris. Le VIH est toujours là, caché dans les cellules, inéluctablement l'infection se redéveloppera.
Par contre si l'on arrive à éliminer ces réservoirs de virus, on peut espérer guérir complètement de l'infection par le VIH.

ACTUALITÉ SUR LA PROSTRATINE (PROSTRATIN) : ÉLEMENTS DE RÉPONSES

La mise au point et la validation clinique de nouveaux médicaments est une opération longue, compliquée et qui coûte beaucoup d'argent. Dans le cas du SIDA c'est encore plus compliqué car les substances testées agissent directement sur les mécanismes de reproduction cellulaire et les métabolites (dérivés des médicaments produits par l'organisme), doivent être testés au maximum avant de lancer les essais chez l'homme.
Toutes ces substances sont en effet des poisons cellulaires.
Il faut aussi prévoir un approvisionnement régulier et important de prostratine (prostratin) car les porteurs de VIH sont de plus en plus nombreux.
En 2001 l'ONG américaine ARA (AIDS research alliance) a acquis les droits d'exploitation de la prostratine (prostratin) et coordonne les recherches sur la prostratine (prostratin) avec les compagnies pharmaceutiques et les labos de recherche...
En 2006 ils en étaient aux études précliniques.
Parallèlement, des labos essaient de synthétiser la prostratine (prostratin). Comme la quantité d'arbre mamala, homolanthus nutans, est trop faible pour fournir de grande quantité de prostratine (prostratin) naturelle, il a fallu imaginer une alternative.
En 2004 ARA et l'Université de Berkeley ont établi un accord avec le gouvernement et la population des Samoa pour essayer de produire de la prostratine (prostratin) par génie génétique (en employant des bactéries)(4).
Dans cet accord les Samoans sont reconnus comme les propriétaires (découvreurs ?) du génome d'homolanthus nutans. C'est sans doute une première mondiale. Une fraction des "royalties" serait reversée aux Samoans, y compris une petite fraction aux deux familles des guérisseuses à l'origine de la découverte et qui sont maintenant décédées.

En 2017 l'ARA et les compagnies pharmaceutiques bloquent la sortie du médicament car guérir le SIDA n'a aucune rentabilité. Développer sur le marché l'utilisation du Trévada en préventif est très rentable. Le vaccin (qui ne sera pas efficace mais qui existera) sortira sous peu et là c'est le jackpot. Les ONG n'ont pas intérêt à ce que le SIDA soit guéri; elles en vivent fort bien.



Notes

1 - http://www.abc.net.au/rn/talks/saturday/stories/s1389713.htm
2 - http://www.aidsresearch.org.
3 - http://www.retrovirology.com/content/3/1/66
4 - http://www.uspolicy.be/Article.asp?ID=42BFB6BC-1E57-484B-9D0D-826324CF7AC7